fbpx

Les conseils du père Le Roïc sont plus précieux.

Il avait fait naître sa petite crêperie avec tant d’enthousiasme et il ne sait plus comment s’y prendre pour lui insuffler un nouvel élan.

Tout à coup, il se sentit tout drôle! Comme si quelque chose traverse de haut en bas tout son corps. Bien que, surpris de sa propre réaction, le crêpier s’agenouille les mains jointes, il se met à prier Sainte Rozell patronne des crêpiers.

Il désire ardemment le retour des clients perdus. Il attend chaque jour, sans trop d’espoir, sur le seuil de la porte les mains à serrer avec bonheur. Les réservations sont de plus en plus rares et il ne comprend pas pourquoi. La sonnerie du téléphone, comme d’une intrusion, peut même le surprendre. Presque à lui faire peur.

De temps à autre, quelques rares clients de passage s’arrêtent sur leur trajet. Mais pour autant, ses habitués ne sont plus là ou si peu là.

Sa carte pourtant si généreuse d’une trentaine de propositions en salé et presque autant en sucré n’y fait rien.

Il ne sait plus comment faire!

Un homme un peu blafard, tout de blanc vêtu, surgit de derrière le gros tilleul.

Il traverse la cour qui mène à la porte d’entrée de sa crêperie.

Le parking est vide comme bien souvent. D’où vient-il ?

L’homme à l’allure élancée et au regard si pénétrant lui tend un petit bout de papier plié. Il ne parle pas et esquisse juste un discret et bienveillant sourire. Sans rester déjeuner, il s’en retourne de ce même pas étrangement léger. Pas un seul gravillon de la cour ne crisse sous la semelle du messager.

Alors qu’il ouvre les yeux au sortir de sa sieste troublée par cette vision. Ses mains tremblent un peu et à son front des perles de sueur. Lui l’athée a donc prié dans son demi-sommeil. Un mauvais rêve se dit-il!

Alors en se rechaussant, il décide d’une petite promenade le long du canal non loin. Les grands arbres qui bordent le chemin de halage s’habillent des plus beaux jaunes. Ici des rouges flamboyants et sur l’autre rive un chêne remarquable aussi roux qu’un caramel au beurre salé.

Ce n’est pas de sa faute pense-t-il si la crêperie tourne moins bien.

Que ça ira forcément mieux plus tard. Que c’est aussi à cause de la crise…

Il accélère le pas comme pour se donner de l’allant. Il relève le col de son manteau et enfourne ses rudes mains dans les poches de son pantalon de velours vert anglais. Sa main droite en ressort assez vivement comme surprise d’une rencontre.

Du bout de ses doigts, de ceux-là mêmes qui tiennent bien moins souvent le rouable*, un petit bout de papier plié.

Ses lèvres marquent les mots un à un comme pour mieux les lire. Ses yeux subitement s’embuent et de lourdes larmes coulent guidées par les sillons de ses joues. Ses épaules hoquettent régulièrement de haut en bas puis s’arrêtent pour mieux reprendre.

Comme le ferait le bouchon de la ligne de ce jeune homme qui, à quelques pas, pêche dans les eaux immobiles d’un canal endormi.

Il voit le bonhomme s’approcher par trop près de la rive. Comme si…Puis faisant demi-tour, il se tapote les joues comme pour se ressaisir, semble-t-il.

Il salue le jeune pêcheur qui lui retourne, à son tour, un bonjour un peu timide par un hochement de tête. Certainement un peu décontenancé par cette scène.

Ce grand gaillard a sèchement jeté le petit bout de papier chiffonné et s’éloigne à bonnes enjambées .

Poussé par la brise automnale, la petite boule de papier s’échoue quasiment aux pieds du pêcheur, qui s’en saisit.

Il déchiffre laborieusement mot après mot, le message d’une belle écriture cursive et presque féminine. Il s’empresse d’appeler, avec son smartphone, son copain Dédé en scrutant alentour qu’il soit bien seul.

Eh mon pote écoute, je vais te lire un truc de fou. C’est de la bombe ; écoute bien j’y vais !

C’est marqué à la main. T’écoutes bien : « Tu peux toujours prier Sainte Rozell gros nigaud de crêpier. Seuls les gogos de ton espèce pensent que des incantations les sauveront. Aide-toi et le ciel t’aidera mais ne compte pas sur moi. Signé J.C »

Je ne comprends rien du tout, mais tu te rends compte mon pote c’est signé J.C.

Putain c’est fou ça! Ça doit être le dernier autographe de Jacques CHIRAC.

Allume l’ordi j’arrive! Je plie les gaules et on met ça sur le boncoin maintenant. Comme d’hab frérot on fait miche-miche avec le max de tunes qu’on va se faire.

 

Réservons les Ave et les Pater Noster pour nos âmes et encore…

 

Peut être faut-il que, toi aussi, tu deviennes attractif et revisites tes méthodes de travail.

Si comme moi, tu es convaincu que se ne sont pas de mystiques prières qui feront tourner ta crêperie ; tu es déjà sur un meilleur chemin.

 

Les voix du seigneur restent impénétrables.

Les conseils du père Le Roïc certainement plus précieux frère crêpier









Last updated on novembre 22, 2022